Vous avez un van, deux jours devant vous, et l'envie de prendre l'air sans rouler six heures. La Route des Crêtes, dans les Vosges, est l'un des itinéraires de montagne les plus accessibles de France : 88 km de ruban d'asphalte posé sur la ligne de partage des eaux entre l'Alsace et la Lorraine, des panoramas qui portent jusqu'aux Alpes par temps clair, et assez de recoins pour y caser un van le soir venu sans se ruiner en camping. Voici un week-end clé en main, à copier ou à tordre dans le sens qui vous arrange.
Pourquoi la Route des Crêtes pour un premier week-end en van
La Route des Crêtes a été tracée par l'armée française pendant la Première Guerre mondiale pour ravitailler le front des Vosges. Aujourd'hui, c'est une route de montagne sinueuse qui relie Sainte-Marie-aux-Mines au nord à Uffholtz au sud, en passant par les plus hauts sommets du massif : le Grand Ballon (1 424 m), le Hohneck (1 363 m), le Markstein. Elle est fermée à la circulation de mi-novembre à mi-avril — renseignez-vous sur la date de réouverture avant de partir. Le reste de l'année, elle se parcourt sans équipement spécial, même avec un fourgon peu puissant.
Pour un premier week-end en van, elle coche tout : des paysages variés sur une distance courte, des villages où faire le plein d'eau et de fromage, et une densité correcte de spots où passer la nuit sans enfreindre la loi. Ce n'est pas le bout du monde, mais c'est assez loin pour que le dépaysement opère.
Samedi : des crêtes au lac
Partez le samedi matin. Si vous venez de Paris ou de Lyon, comptez quatre à cinq heures de route. L'idéal est d'attaquer la Route des Crêtes par le nord, depuis Sainte-Marie-aux-Mines, via le col des Bagenelles (904 m). La montée est progressive, la forêt de sapins encadre la route, et le premier vrai point de vue arrive vite.
Premier arrêt au col du Bonhomme (949 m), un carrefour historique entre les deux versants. Continuez vers le col du Calvaire (1 144 m) : la forêt s'efface, les chaumes d'altitude s'ouvrent, et par beau temps la vue file jusqu'à la plaine d'Alsace. C'est le moment de sortir la table et les chaises pour un déjeuner rapide — vous êtes sur un parking, pas en camping, donc on reste sobre.
L'après-midi, poussez jusqu'au Markstein. Garez le van et offrez-vous une marche d'une heure sur les sentiers qui partent de la station : les chamois ne sont pas rares sur les pentes, et le vent des crêtes justifie à lui seul le déplacement. Redescendez ensuite côté lorrain vers le lac de Longemer. C'est là que vous passerez la nuit. Le stationnement nocturne y est toléré si vous restez discret : pas de matériel dehors, pas de feu, pas de bruit. Le lac est calme, les grenouilles assurent la bande-son, et le réveil face à l'eau vaut tous les campings du coin.
Dimanche : cols, fromage et villages
Réveil brumeux sur le lac, café à l'arrière du van. Reprenez la route vers le col de la Schlucht (1 139 m), l'un des cols les plus fréquentés du massif. De là-haut, le panorama bascule : versant lorrain d'un côté, vignobles alsaciens de l'autre. Si vous avez le temps et l'énergie, le sentier des Roches démarre au col et longe les crêtes jusqu'au Hohneck — comptez deux heures aller-retour pour un aperçu, ou gardez-le pour une prochaine sortie.
Descendez côté alsacien et faites halte à Munster. Le fromage qui porte le nom du village est une expérience olfactive avant d'être gustative : une dégustation chez un fromager local est le meilleur moyen de savoir si vous êtes du côté des convaincus ou des prudents. Plus loin, Kaysersberg et ses maisons à colombages offrent une flânerie de fin de week-end parfaite : ruelles pavées, pont fortifié, bretzel chaud. En deux jours, vous aurez traversé des paysages qui n'ont rien à voir les uns avec les autres — et c'est exactement ce qu'on demande à un week-end en van.
Où dormir : ce que dit la loi
Dans les Vosges comme ailleurs en France, dormir dans son van n'est pas interdit par défaut. Le stationnement nocturne est autorisé sur les voies publiques ouvertes à la circulation, aux mêmes conditions qu'une voiture. Ce qui est interdit, c'est le camping sauvage : dès que vous sortez une table, des chaises, un auvent ou un réchaud sur la voie publique, vous n'êtes plus en stationnement mais en camping — et là, l'amende peut tomber.
Quelques règles à garder en tête : le bivouac est interdit dans les réserves naturelles et les sites classés. Certaines communes prennent des arrêtés municipaux interdisant le stationnement nocturne des camping-cars et vans — vérifiez les panneaux en arrivant. Et dans le Parc naturel régional des Ballons des Vosges, la réglementation tolère le bivouac léger (tente) entre 19h et 9h à plus d'une heure de marche d'une route, mais cette tolérance ne s'applique pas aux véhicules. En clair : votre van reste sur un parking ou une aire, jamais en pleine nature au bout d'un chemin.
Trois spots testés pour la nuit
- Parking du lac de Longemer (côté Xonrupt-Longemer) : le spot le plus simple du week-end. Stationnement toléré la nuit, calme, toilettes publiques à proximité en saison. Arrivez avant la tombée de la nuit pour choisir l'emplacement le plus plat.
- Station du Tanet : un parking en contrebas de la station, isolé, avec un départ de randonnée au réveil. La pente est prononcée sur une partie du parking : calez bien le van et prévoyez des cales si vous en avez.
- Aire de camping-car de Munster : pour ceux qui veulent une nuit avec services (vidange, eau, électricité). Payante mais pratique en fin de week-end avant de reprendre la route.
Pour repérer vos propres spots, l'application Park4Night est la référence communautaire. Les commentaires récents vous diront si un spot est encore accessible, si des panneaux d'interdiction sont apparus, ou si le terrain est devenu impraticable.
Ce qu'il faut embarquer
- Des cales de niveau : les parkings de montagne sont rarement plats.
- Une réserve d'eau suffisante pour deux jours : les points d'eau potable ne sont pas garantis partout sur les crêtes.
- Un duvet chaud, même en septembre : l'altitude fait chuter la température la nuit.
- De quoi manger sans dépendre d'un restaurant : les fermes-auberges sur la Route des Crêtes sont excellentes mais ne sont pas toutes ouvertes hors saison.
- Le chargeur de téléphone et une batterie externe : le réseau passe mal par endroits, le GPS pompe sur la batterie.
Quand partir
L'automne, de mi-septembre à fin octobre, est la meilleure saison pour ce week-end : les forêts vosgiennes prennent des teintes rousses et dorées, les crêtes sont moins fréquentées qu'en été, et les nuits fraîches sont parfaites pour dormir dans un van bien isolé. Le printemps, dès la réouverture de la route (généralement mi-avril), offre des verts éclatants et des torrents gonflés par la fonte des neiges. L'été reste agréable mais les parkings se remplissent vite le week-end : partez le vendredi soir si vous le pouvez.
Ce week-end ne demande ni équipement coûteux ni préparation compliquée. La Route des Crêtes est une route, pas une piste : un van standard la parcourt sans difficulté. Le vrai luxe, c'est de pouvoir s'arrêter quand le panorama l'exige — et dans les Vosges, il l'exige souvent.