Premiers secours en randonnée : les gestes qui sauvent

Premiers secours en randonnée : les gestes qui sauvent

Une coupure qui saigne abondamment, une cheville qui tourne sur un pierrier, un compagnon qui ne grelotte plus et commence à perdre ses mots : en randonnée, l'accident n'arrive pas au pied de l'hôpital. Il arrive à deux heures de marche du premier chemin carrossable, là où c'est vous qui décidez de la suite. Pas besoin d'être médecin. Il faut avoir réfléchi avant.

La trousse qui pèse juste assez

Une trousse de secours de randonnée n'est pas une pharmacie. Elle tient dans une poche et ne contient que ce que vous saurez utiliser. Voici le minimum qui couvre l'essentiel :

  • Une paire de gants en nitrile (protège le blessé comme le secouriste)
  • Deux compresses stériles grand format (10 × 10 cm)
  • Un bandage cohésif de 6 cm de large (il adhère à lui-même, pas à la peau)
  • Du sparadrap en rouleau
  • Une bande triangulaire (écharpe ou maintien d'attelle)
  • Une couverture de survie (orange d'un côté, argentée de l'autre)
  • Un antiseptique en dosettes (pas de flacon qui fuit)
  • Des pansements adhésifs prédécoupés
  • Une pince à épiler (écharde, tique)
  • Un sachet de sucre en poudre (hypoglycémie)
  • Vos médicaments personnels, avec la notice

Ajoutez un marqueur indélébile et un petit carnet : noter l'heure de pose d'un garrot, les constantes d'un blessé, ou les coordonnées GPS du lieu d'accident n'est pas un luxe.

L'hémorragie : le sang ne pardonne pas l'attente

C'est la première cause de décès évitable en milieu isolé. Le principe est simple et ne tolère aucune variante : compression directe, immédiate, maintenue.

  1. Allongez le blessé, si possible à l'abri du froid du sol (sac à dos, veste).
  2. Enfilez vos gants. Pas de gants ? Utilisez un vêtement propre plié en plusieurs épaisseurs, ou demandez au blessé de comprimer lui-même sa plaie.
  3. Appliquez une compresse ou un tissu propre directement sur la plaie et appuyez fermement, sans relâcher.
  4. Maintenez la compression avec le bandage cohésif, en serrant suffisamment pour que le sang ne traverse pas, sans couper la circulation en aval.
  5. Si le sang traverse, ne retirez pas la première compresse : ajoutez-en une par-dessus et continuez la compression.
  6. Surélevez le membre si la douleur le permet.
Deux mains appliquant un bandage compressif sur un avant-bras, trousse de secours ouverte à côté
Le bandage compressif : on appuie d'abord avec une compresse, puis on maintient la pression avec le bandage cohésif sans jamais relâcher.

Le garrot, en deux mots. Il ne se pose qu'en cas d'échec de la compression directe — hémorragie massive sur un membre qui continue de saigner malgré une compression maintenue. Posez-le à 5 cm au-dessus de la plaie (jamais sur une articulation), serrez jusqu'à l'arrêt du saignement, notez l'heure de pose sur le front du blessé au marqueur. Une fois posé, on ne desserre pas : c'est le chirurgien qui le fera. Un garrot peut être improvisé avec une sangle de sac, une ceinture, un tube de tissu tordu avec un bâton (tourniquet).

L'entorse et la fracture : immobiliser pour sortir

En randonnée, une cheville foulée sur un sentier caillouteux est l'accident le plus fréquent. Le genou et le poignet viennent ensuite. Distinguer une entorse sévère d'une fracture sans radio est illusoire : le traitement de terrain est le même. On immobilise.

Pour la cheville : ne retirez pas la chaussure. Elle fait office de premier maintien. Bande cohésif par-dessus, du milieu du pied jusqu'à mi-mollet, en serrant modérément. Si la douleur est trop vive pour poser le pied, il faut atteler.

L'attelle improvisée : deux bâtons de randonnée réglés à la bonne longueur, placés de part et d'autre de la jambe, rembourrés avec un vêtement ou de la mousse de matelas. Fixez avec le bandage cohésif, le sparadrap ou des sangles de sac, en trois points : au-dessus de la cheville, en dessous du genou, et autour du pied pour bloquer la rotation.

Attelle improvisée avec deux bâtons de randonnée strappés autour d'une jambe, sur un sentier rocailleux
L'attelle de fortune avec deux bâtons de marche : fixer en trois points (cheville, sous le genou, pied) pour bloquer toute mobilité.

Pour le membre supérieur : une écharpe avec la bande triangulaire, ou à défaut un vêtement noué derrière la nuque. L'avant-bras repose à l'horizontale, la main légèrement surélevée par rapport au coude. Ajoutez un deuxième lien autour du buste pour plaquer le bras contre le corps : cela empêche tout mouvement de l'épaule et soulage la douleur pendant la marche.

L'hypothermie : reconnaître ce qui ne se voit pas

L'hypothermie tue en montagne même en été. Une pluie prolongée, du vent, une température qui descend sous 10 °C et des vêtements mouillés suffisent. Le piège, c'est qu'elle altère le jugement : la victime nie avoir froid, refuse de s'arrêter, prend des décisions absurdes.

Les signes qui doivent alerter : frissons intenses puis arrêt des frissons (c'est le stade grave), peau froide au toucher sur le ventre ou le dos, maladresse, confusion, parole lente ou incohérente. L'arrêt des frissons n'est pas une bonne nouvelle : le corps a épuisé son énergie et la température centrale chute.

Conduite à tenir :

  1. Arrêtez la progression immédiatement et mettez la personne à l'abri du vent et de la pluie.
  2. Retirez les vêtements mouillés et remplacez-les par des couches sèches (la couche de rechange que vous avez dans un sac étanche, c'est pour ce moment-là).
  3. Enveloppez dans la couverture de survie, côté argenté contre le corps, en laissant le visage dégagé.
  4. Isolez du sol avec le sac à dos, un matelas ou des branchages.
  5. Donnez une boisson chaude et sucrée si la personne est consciente et capable d'avaler.
  6. Ne frictionnez pas les extrémités : cela renvoie du sang froid vers le cœur.
  7. Alertez les secours (112) dès que possible.

La brûlure : refroidir, couvrir, ne pas percer

Eau bouillante du réchaud, braise qui saute, poêle brûlante saisie à main nue : la brûlure est un classique du bivouac. La règle est la même qu'à la maison : refroidir la zone sous l'eau froide courante pendant au moins dix minutes — profitez d'un ruisseau ou d'une gourde. Pas de glace, pas de corps gras, pas de dentifrice. Une fois refroidie, couvrez avec une compresse stérile sans serrer. Ne percez jamais une ampoule : la peau intacte protège de l'infection.

Alerter les secours : le 112 et ce qu'il faut leur dire

Le 112 fonctionne partout en Europe, même sans réseau de votre opérateur, même avec une carte SIM étrangère. Si vous n'avez pas de signal, montez sur une crête ou un point haut : quelques mètres de dénivelé suffisent parfois à accrocher une antenne.

Quand vous avez un opérateur au téléphone, donnez dans l'ordre :

  • Votre numéro (la communication peut couper)
  • La nature de l'accident et l'état du blessé
  • Votre localisation la plus précise possible : coordonnées GPS, nom du sentier, altitude, point remarquable visible
  • Le nombre de personnes concernées
  • Les gestes déjà effectués

Ne raccrochez jamais le premier. L'opérateur vous guidera et pourra déclencher un hélicoptère si nécessaire.

La check-list à glisser dans la trousse

Un bout de papier plastifié avec ces six phrases, c'est ce qui reste quand la panique efface le reste :

  • Hémorragie → compression directe, ne pas relâcher.
  • Entorse → ne pas déchausser, attelle avec les bâtons.
  • Hypothermie → abri, vêtements secs, couverture de survie, boisson chaude sucrée.
  • Brûlure → eau froide 10 minutes, compresse stérile.
  • Perte de connaissance → position latérale de sécurité, surveiller la respiration.
  • 112 → localisation, état du blessé, ne pas raccrocher le premier.

Ces gestes ne remplacent pas une formation. Une journée de PSC1 (Prévention et Secours Civiques de niveau 1) coûte environ 60 euros et s'obtient auprès de la Croix-Rouge, de la Protection Civile ou des pompiers. C'est le meilleur investissement avant de partir seul ou en groupe sur les sentiers.